Test PC de Watch Dogs 2 : j'ai hacké Mark Zuckerberg

Watch Dogs premier du nom avait divisé, si sa communication a longuement été critiquée, c’est surtout l’expérience de jeu qui était en deçà de mes espérances de joueur. Tenace, Ubisoft récidive aujourd’hui avec une suite sobrement intitulée Watch Dogs 2 qui n’a pour seul point commun avec son aîné l’univers du hack. Direction la côte Ouest, dans le berceau des nouvelles technos, pour un soulèvement numérique mené par DedSec, un groupe de hackers activistes que vous allez intégré d’entrée de jeu.

Avec Watch Dogs 2, Ubi Montréal donne le sentiment d’être reparti d’une feuille blanche : exit le côté maussade du premier épisode, de sa ville glaciale (Chicago) ou encore de son personnage aussi charismatique qu’une huître. Place aux couleurs chatoyantes de la ville de San Francisco, un cadre plus idyllique pour pirater les données perso de votre voisin.
Vous incarnez Marcus Holloway, un jeune hacker intrépide piégé par Blume, la boite derrière le programme CTos 2.0 censé améliorer le quotidien des habitants de SF (criminalité, transports, etc). Derrière cette promesse se cache en réalité un système qui s’enrichit sur le dos de la population en collectant des données revendues au plus offrant. Un cadre qui renvoie directement à ce que nous vivons aujourd’hui avec les plus grands pontes du web.
C’est ce que Marcus va tenter de dénoncer avec DedSec en intentant des actions pour sensibiliser les Franciscanais (merci Wikipédia).
La joyeuse bande de DedSec est à l’image de ce renouveau, on a affaire à des profils complémentaires qui vont travailler comme dans une start-up. Une convergence intellectuelle au profit de la population. Les développeurs d’Ubi ont alors imaginé des geek un brin hipster pour mener cette guerre numérique, une décision aux antipodes du design d’Aiden Pearce, protagoniste de Watch Dogs.
Marcus et Wrench imagent bien cette nouvelle dynamique : beaucoup de vannes, de jurons, un ton finalement plus léger qui crée un certain attachement pour ces personnages. Ces interactions ne suffisent malheureusement pas à palier au classicisme du scénario qui manque à mon goût de quelques cutscenes plus inspirées pour décoller. C’est d’autant plus dommage quand on voit les efforts fournis avec l’implémentation de vidéos montées par DedSec en fin de mission et les journaux télévisés relatant tous deux leurs exploits.

L’écriture n’en reste pas moins convaincante. Ubisoft s’essaie même au jeu de l’autodérision avec ses personnages qui se moquent les uns des autres mais également des noms ou sujets comme Google, la scientologie ou Ubisoft lui-même parodiés avec brio.
Par cette voie, Ubi s’amuse de notre époque mais n’essaie jamais vraiment de livrer une vraie critique de notre société, mais est-ce vraiment son rôle ? La question se pose aujourd’hui quand on connaît le poids du marché et la position qu’occupe l’éditeur.

WATCH DOGS 2 : C’EST UNE MAISON BLEUE…

La phase où l’on découvre l’univers de Watch Dogs 2 est en revanche bien plus haletante tant l’ensemble proposé par Ubi est cohérent, et ça commence par le smartphone de Marcus. Une copie (presque) conforme des téléphones actuels du marché avec une version alternative de Google Maps et des apps à télécharger comme un pseudo Uber pour la commande de taxis. Les références sont bien trop nombreuses pour toutes les citer ici mais on peut notamment trouver de l’impression 3D pour la conception de nouvelles armes ou encore un compteur de followers, indicateur de progression pour le joueur. Tous ces gimmicks participent à cette cohérence et m’ont permis de décrocher quelques sourires.
Et le plus beau dans cette histoire, c’est que la progression dans ce monde se veut plus naturelle que dans les précédentes productions d’Ubisoft, entendez par là que la synchronisation ou autres libérations de zones sont absents. Le développeur pousse à la découverte et réussi à récompenser le joueur qui se montre un tant soit peu curieux avec de nouvelles missions secondaires débloquées, entre autres.

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Elles sont d’ailleurs légion : courses de kart, de voilier, de drone, devenir taxi driver ou, plus simplement, compléter le pool de missions secondaires qui ne manquent pas de variété. La grande majorité d’entre elles tourneront autour de DedSec qui cherche à se faire connaître du grand public, je pense notamment à la marque DedSec que j’ai pu imprimer aux quatre coins de la ville.
J’ai noté un vrai effort sur l’écriture et la mise en scène de ces missions qui m’ont fait dévier à deux trois reprises de la trame principale. L’invitation à ces missions est d’ailleurs plutôt habile car le groupe de hackers cherche à fait grossir sa base d’utilisateurs de son application pour accéder à une puissance de calcul plus importante afin d’avoir les armes face à Blume.
Le multi n’est pas en reste avec une intégration dans la veine du premier épisode assurant aucune gêne pour le joueur. Outre les modes façon chat et la souris, de cache cache ou de traque épaulée par la police, on pourra partager certaines portions du jeu en coop. Aucun crash ni latence à l’horizon lors de mes sessions de jeu.

Pour arriver à ses fins, Marcus pourra compter sur un éventail de compétences et de gadgets. Ubi a poussé plus loin sa réflexion autour du hack en proposant non plus une mais plusieurs actions possibles sur un même objet. Si les mécaniques restent sensiblement les mêmes, le choix offert permet au joueur d’être plus créatif dans son approche et s’amuser davantage avec son environnement. Le level design a été réfléchi de tel sorte à ce que plusieurs points d’entrées et de sorties soient possibles.
On a gagné en espace et en verticalité, vous pourrez même accomplir certaines missions sans trop vous mouiller en faisant usage de votre jumper (une voiture télécommandée ++ pour se faufiler dans les conduits) et de votre drone (pratique pour une première reconnaissance et semer la zizani), deux outils qui permettent d’éviter une certaine monotonie au titre.
D’autant que le challenge n’est pas des plus élevé, ceci dû à une IA des ennemis au rabais et d’une puissance de frappe de Marcus au corps à corps quelque peu disproportionnée. Reste que les ennemis sont hautement agressifs une fois que vous êtes repéré et que plusieurs modes de difficulté sont heureusement proposés.

le choix offert permet au joueur d’être plus créatif dans son approche et s’amuser davantage avec son environnement

Malgré toutes ces qualités, le jeu offre plus ou moins le même schéma de mission avec une phase d’infiltration, de hack pour pénétrer une zone sécurisée, de vol de données et enfin d’exfiltration. Le jeu tente bien de gommer ça avec des phases de puzzle mieux ficelées que dans le premier mais ce sentiment de redit se fait sentir. J’aurai cru que le parkour aurait pu apporter une nouvelle dimension mais elle n’est que cosmétique dans le cas de Marcus et n’apporte finalement pas grand chose d’autre.

Je termine volontairement par la partie qui fâche : la conduite. Dans les vidéos promotionnelles, on nous avait vendu une nette amélioration après avoir écouté la communauté de fans.
J’avoue ne pas avoir retouché au premier épisode depuis sa sortie mais m****, comment peut-on proposer en 2017 de telles sensations dans une production pareille (en ayant parmi ses studios une équipe qui bosse sur un jeu de caisse (The Crew), le comble) ?! Les collisions inexplicables et la physique (des deux roues notamment) m’ont littéralement détruit mon expérience de jeu, c’est en grande partie pour ça que je peine à y retourner d’ailleurs.

C’est malheureux d’en parler sur chacun de mes tests mais mon modèle en la matière reste GTA 5 et quand on en sort, on ne peut décemment pas accepter une conduite aussi bâclée que celle de Watch Dogs 2. J’ai été profondément déçu d’autant que le terrain de jeu est juste super, San Francisco a été incroyablement bien restituée. Ca bouge, ça parle, ça vie et plus important encore, la ville donne envie de se perdre ! Je doute que cela se fasse mais il “suffirait” de ré-écrire cette physique désastreuse pour que je puisse accorder la note désirée à Watch Dogs 2, en attendant et malgré toutes les qualités de la version PC sur laquelle je tournais et le design global du jeu, je me résigne à lui coller un 3/5 et Dieu sait si ça me fait mal au coeur…

Ma note : 3/5

Airben
Roux mais pas que.
France